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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 15:25

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C’est vous qui le dîtes …

 

Dans les courriels que je reçois, la difficulté à punir efficacement son chat revient dans 9 cas sur 10. Constat d’échec des diverses techniques de punitions récoltées ça et là, besoin d’explication sur le « pourquoi ça ne marche pas alors que »,  demande de méthodes de punition réellement efficaces… Chaque fois la demande est la même : comment faire pour que cela s’arrête enfin ? Les mêmes difficultés se posent, le même genre de rapport à l’animal est établi et la même inefficacité desdites conduites est constatée. C’est donc qu’interagir de cette façon ne soulage en rien la situation, bien au contraire…

 

La punition : constat d’un échec

 

Bon. Visiblement punir son chat pour quelque chose qu’il a mal fait (de notre point de vue de bipèdes, puisque, rappelons-le, le chat n’a pas la notion de bien et de mal) ne l’empêche pas de continuer. Voire même aggrave la situation. Mais alors que font concrètement les punitions si elles ne servent à rien ? Elles alimentent les tensions quotidiennes du chat (comprenez ses difficultés à bien vivre avec ses propriétaires). Qui dit davantage de tensions, dit plus besoin de les évacuer (car quand la coupe est pleine, ça déborde !), donc plus de difficultés à gérer pour vous, CQFD.

 

En restant centré sur le comportement indésirable à un instant t, on ne prend en compte qu’une partie du problème, à savoir ses conséquences. Prenons alors un peu de recul, gagnons en objectivité et considérons la situation sous un autre angle.

 

Bien choisir son chat et lui proposer des échanges équilibrés : la base d’une bonne cohabitation

 

En fonction de son développement précoce (premières semaines de vie de l’animal), du type d’environnement et d’échanges relationnels (comment on se comporte avec lui) qu’on lui propose, le chat va avoir plus ou moins de facilités à s’adapter aux conditions de vie qu’on lui offre. Ainsi, dans un même contexte de vie, certains chats vont avoir des difficultés à s’établir sereinement dans leur cohabitation et vont produire des conduites différentes d’un autre, à l’histoire différente.

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Un peu de concret pour illustrer tout ça. La famille Addictochats souhaite adopter un chaton. Elle a le choix entre Malo, né dans un milieu confiné (c’est à dire en appartement ou en maison sans sorties à l’extérieur) et Pito, qui est né dehors, à la campagne. Puisque elle vit en appartement, on conseillera plutôt à la famille Addictochats d’adopter Malo. Pourquoi ? Parce que le milieu de vie qu’ils peuvent lui proposer sera assez similaire à son milieu de développement précoce (= là où il est né et a passé ses premières semaines de vie), il aura donc plus de facilité que Pito à vivre dans ce lieu puisque les bruits du quotidien, l’espace de vie limité et la proximité avec les humains, entre autres, seront du même ordre que ce qu’il connaît déjà.

 

Mais l’environnement physique n’est pas le seul paramètre à prendre en  considération pour évaluer les difficultés d’une cohabitation. Ce que l’on appelle « relationnel » va aussi peser dans la balance et, d’ailleurs, la clé du déséquilibre, la source de nombreuses tensions quotidiennes, est souvent là.

Derrière cette dénomination, on retrouve les divers échanges que l’on peut avoir avec son chat tels les caresses mais aussi les punitions. Si l’on a pris soin de choisir un chaton né dans un contexte similaire à celui qu’on lui offrira, il faudra également s’assurer que l’on interagit convenablement avec lui. Si l’on est clair, cohérent et constant, on devient donc rassurant et on limite les tensions quotidiennes.

 

Le chat et les incohérences de l’humain

 

Pourtant, chaque jour, le chat oscille entre nos incohérences et a souvent bien du mal à s’y retrouver ! Reprenons le cas de Malo. Il a bien grandi et cela fait maintenant plusieurs mois qu’il partage la vie de la famille Addictochats et que certaines règles ont été mises en place. Si elles trouvent logique et rationalité chez  ses humains, qu’en est-il vraiment pour lui ? Ils ont par exemple décidé que Malo n’avait pas accès aux chambres. Jusque là, aucun problème particulier. Là où le bât blesse, c’est qu’on le laisse entrer dans la chambre le weekend pour la grasse matinée. Le lundi arrive, et personne ne comprend pourquoi il miaule et gratte le matin à la porte. On va même monter le ton, lui donner une tape sur les fesses et l’enfermer dans le salon pour bien lui faire comprendre qu’il dépasse les bornes. Mais peut-être ont-ils oublié que pour Malo les jours se suivent…. et se ressemblent : il ne peut pas concevoir qu’après deux jours où on l’autorise à dormir sur le lit le matin, il doit faire une croix sur l’accès à la chambre jusqu’au samedi suivant. Que peut-on faire alors ? Choisir : soit Malo a accès à la chambre tous les jours de la semaine, soit il n’y entre plus du tout !

Cet exemple n’en est qu’un parmi tant d’autres. Nous aurions pu aussi nous pencher sur d’autres interdits comme monter sur la table du salon, faire ses griffes sur le tapis, mordiller les plantes… Ces choses-là, Mme Addictochats n’y voit pas d’inconvénients. Et laisse Malo agir à sa guise. Par contre, M. les trouve intolérables et s’applique à le corriger dès qu’il enfreint les règles. Là encore, comment Malo peut-il s’y retrouver si on attend de lui des choses totalement contraires ?

 

Mon chat ? Sous tension ?

 

Vous l’aurez compris, comme la plupart des chats qui vivent avec des humains, Malo est soumis, chaque jour, à des frustrations et des tensions diverses, qui pourraient bien lui être épargnées. Si les tensions accumulées lui sont trop difficiles à gérer, il va devoir procéder à une remise à zéro des compteurs et faire du vide. De quelle façon ? Par exemple, en mordant M. Addictochats qui le brutalise de temps en temps pour « qu’il comprenne », en urinant dans la chambre des enfants inaccessible 5 jours/7, en se déchargeant par des griffades sur les papiers peints ou le canapé, en courant dans tous les sens le soir… Sur le moment, ça le soulage, certes, mais en retour les punitions vont s’accroître. La famille va vite arriver à saturation et ne va plus savoir comment s’en sortir avec ce chat à problèmes.


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La punition ou comment déséquilibrer la cohabitation davantage

 

Pourquoi donc persister dans un type d’échanges qui ne fonctionne clairement pas ? Pourquoi maintenir des contacts punitifs et répressifs qui ne font que renforcer les difficultés de cohabitation ? D’autres  moyens de procéder existent, et pour des réponses tout autres ! On a du mal à imaginer que là où les punitions n’améliorent rien, un autre type d’échanges peut venir à bout des difficultés. Et pourtant….

 

Une meilleure gestion des échanges avec l’animal et une meilleure écoute de ses besoins pour une cohabitation équilibrée et équilibrante.

 

Voilà l’approche que je présente en consultation. A l’origine de nombreuses difficultés et tensions dans la cohabitation, on trouve une connaissance souvent erronée du chat, empreinte d’anthropomorphisme (= projection des motivations et des émotions humaines sur l'animal). Au carrefour de la communication entre deux espèces très différentes comme l’Homme et le Chat, on retrouve souvent des incompréhensions réciproques et donc des difficultés à s’ajuster convenablement à l’autre.

 

Si en France, les données scientifiques récoltées autour du chat familier et de ses besoins éthologiques spécifiques sont rares, il en est tout autre dans les pays anglo-saxons où de nombreuses études sont parues et qui permettent de s’approcher davantage de la réalité féline. Car il y a souvent un monde entre notre perception et celle du chat. Et si l’on n’en a pas conscience, il est bien difficile, alors, de proposer à nos chats un quotidien qui leur permette de se sentir bien. Il n’est pas nécessaire, donc, d’attendre que tout aille de travers pour comprendre les besoins de son chat et apprendre à mieux vivre à ses côtés.

 

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Published by Amandine Roulet - dans En pratique
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